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RÉFLEXION POLITIQUE


20 septembre 2004

UN COUP D'ETAT POUR çà!

Manifestants lavalas devant la statue de Antoine IZMERY

assassiné en 1993 par le FRAPH

(le 11. 09. 04)

Les lavalassiens ne sont pas seuls à s'étonner de l'irresponsabilité des gouvernements français, canadien et américain auteurs du coup d'Etat qui a livré pays au clan Latortue. Le comportement de l'ONU est tout aussi stupéfiant. L'indifférence de l'OEA nous rappelle l'époque où les républiques latino-américaines participaient à la mise en quarantaine du jeune Etat noir haïtien par les puissances esclavagistes de l'époque. Seuls le Venezuela de Simon Bolivar, Cuba et la Caraïbe ont montré aux Haïtiens solidarité et dignité dans cette nouvelle épreuve.

Il est vrai que nous vivons une nouvelle époque où la légalité internationale est facilement bafouée, prélude à l'érosion des légalités nationales. On ne refuse rien aux plus forts. Malheur aux plus faibles! Mais le temps de l'injustice annonce aussi celui de la résistance. Le dernier mot devra appartenir aux peuples puisque la souveraineté leur appartient. La démocratie est leur gouvernement. Grands et petits devront tôt ou tard s'y conformer.

Au fait quels sont les rapports de l'équipe Latortue avec la légalité et la démocratie? Le moins qu'on puisse dire c'est que personne ne comprend où ces gens veulent en venir. Sur les calamités qui existaient déjà, tels que la misère insupportable, l'insécurité grandissante, la corruption endémique, la dégradation des services sociaux, sont venus se greffer les intrigues, exactions et traffics macoutes en tous genres : assassinats et persécutions des adversaires politiques, vente des charges publiques, parodie de justice en faveur des chefs d'escadrons de la mort, écrasement des défavorisés et cadeaux aux privilégiés.

restauration du macoutisme

En réalité cette équipe représente l'idéologie politique traditionnelle haïtienne cristallisée dans le duvaliérisme. Cette idéologie a été rejetée à partir de 1986 par l'immense majorité des Haïtiens. Ceux-ci renonceront difficilement à leurs libertés retrouvées au prix de dizaines de milliers de vies fauchées, par la répression et l'exil. L'incapacité des antiduvaliéristes à maintenir et développer à tout prix le processus démocratique a, malheusement, ouvert la voie aux tentatives de restauration auxquelles nous avons assisté de 1991 à 2004.

Il n'est pas étonnant que le pouvoir de facto soit fasciné par les anciens militaires activistes et la milice du FRAPH qui représentent à ses yeux les instruments rêvés pour réprimer la résistance populaire. Ces "freedom fighters" de Latortue veulent imposer leur propre loi par la force des armes, dans la pure tradition militariste haïtienne des coups d'Etat et des dictatures.

Latortue est prêt à les installer au coeur de l'Etat. Obsédés et piégés par leurs propres mensonges, Certains tuteurs étrangers préfèrent se faire complice de la restauration macoute plutôt que de reconnaitre leurs erreurs dans le traitement du dossier haïtien.

Un nouveau coup d'Etat est en cours. Cette fois il rampe d'en bas, et sera habillé s'il le faut d'apparences électorales. Ces étranges "freedom fighters" se placent au-dessus de la loi commune et s'estiment dispensés d'emprunter les mêmes voies légales que tous les autres citoyens. Des anciens militaires soutiennent que l'armée est une institution constitutionnelle et aurait le droit de se reconstituer par la pression des armes.

Mais si, refusant de se comporter constitutionnellement, l'armée s'amuse en toute occasion, à détruire la constitution par des coups d'Etat, y-a-il une autorité constitutionnelle investie du pouvoir de résoudre cette difficulté? Heureusement oui. Le président constitutionnellement élu est investi du pouvoir constitutionnel "de veiller au respect et à l'exécution de la constitution et à la stabilité des institutions. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat".(art. 136)

Un film déjà vu perturbe les esprits.

A la suite de Amnesty International, des organisations des droits de l'homme étrangères et haïtiennes d'opinions politiques différentes sont préoccupées et commencent à tirer la sonnette d'alarme.

La "Haiti Commission of Inquiry " et la "New England Coalition for Human Rights in Haiti" ont fait savoir que la situation des droits de l'homme se dégrade de façon dangereuse en Haïti. Les membres de ces organisations ont fait ces déclarations à l'issue d'une visite d'information dans le pays au début de septembre. La loi ne s'applique pas dans le pays, les prisons sont bondées de gens qui ont été arrêtés sans motifs et sans mandat de la justice.

La Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR), a critiqué la décision des autorités de facto d'acquitter l'ancien responsable du FRAPH Louis Jodel Chamblin et l'ancien capitaine Jackson Joanis accusés dans l'assassinat du commerçant Antoine Izméry en 1993. .

Des esprits honnêtes et courageux se sont élevés dans le New York Times, le Washington Post, et au sein du Black Caucus Black.

Ramsey Clark, ancien ministre américain de la justice sous le gouvernement de Lyndon B. Johnson, a déclaré bien connaitre le dossier d'Haïti. Il a pointé du doigt le gouvernement américain qu'il accuse de ne pas tolérer les pouvoirs qui travaillent au profit des masses défavorisées.

Le responsable du Comité des Avocats pour le Respect des Libertés Individuelles (CARLI), Renan Hédouville, a qualifié d'inquiétante l'attitude des militaires démobilisés qui se sont déployés ces dernières semaines à travers le pays. Renan Hédouville a estimé que la situation actuelle est extrêmement grave et risque de compromettre la tenue des prochaines élections.

Le Centre Haïtien d'Appui à la Démocratie et aux Droits de l'Homme (CHADHO), s'est déclaré jeudi profondément préoccupé par l'occupation de différentes régions du pays par les militaires démobilisés. Le directeur exécutif du CHADHO, Enock St Jean, a estimé anormal qu'un corps qui a été dissous par une autorité constitutionnelle croit pouvoir se reconstituer dans le désordre.

La Coalition Nationale Protestante pour la Promotion et le Respect des Droits Humains (CNPRDH), s'est déclarée lundi profondément préoccupée par la recrudescence des actes de violence et d'insécurité qui frappent plusieurs régions du pays. Un porte-parole de l'organisation, le pasteur Normil Dovila, a condamné les exécutions sommaires perpétrées dans les quartiers populaires et les cas d'enlèvement de policiers enregistrés ces derniers temps à Port-au-Prince.

Associations et syndicats inquiets

L'OPIR ( Organisation des Policiers illégalement révoqués) accuse le gouvernement de facto et le chef de la police de vouloir démobiliser l'institution policière au profit de militaires démobilisés et d'anciens membres du FRAPH

Le responsable de la Coordination Nationale des Sociétaires Victimes des Coopératives (CONASOVIC), Rosemond Jean, a confirmé mardi que l'Union Européenne avait décaissé 900 mille euros en faveur du groupe des 184 pour renverser le président Jean Bertrand Aristide. M. Jean a fait savoir que toute cette somme a été dépensée uniquement par les principaux responsables de ce groupe et certaines organisations membres.

le secrétaire général de l'Association des Journalistes Haïtien (AJH), Guyler C. Delva, a condamné l'occupation du local de Radio Timoun dans le Sud Est par les militaires démobilisés. Guy Delva s'est déclaré choqué par l'attitude des anciens militaires et étonné par l'indifférence de certains médias "Si un autre groupe avait occupé les locaux d'autres stations de Radio, ceci aurait suscité toute une cabale"

Le Mouvement pour Sauver Haïti (MOSHA) sollicite l'aide des organisations des droits de l'homme pour prévenir un massacre à Cité Soleil

La Commission Espiscopale Nationale Justice et Paix a présenté son rapport sur les violences enregistrées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince pour les mois de juillet et août 2004. Ce rapport a fait état de 78 cas de personnes retrouvées assassinées dans les rues dont 35 pour le mois de juillet et 43 pour le mois d'août. 8 policiers figurent parmi les victimes. Le directeur exécutif de cette institution, le père Jean Hanssens, a fait savoir qu'un tiers de ces personnes tuées l'ont été à Cité Soleil, l'un des principaux bastions de l'organisation politique Fanmi Lavalas

Gilvert Angervil a dénoncé également les arrestations jeudi de 13 membres de son parti qui participaient à une activité syndicale. Il a cité notamment les noms de Mathurin Forient et François Trésolus qui sont respectivement animateur général et animateur général adjoint des TKL de St-Jean Bosco

Les ráctions se multiplient à la suite de l'arrestation, jeudi 16 septembre, par un commando de la police d'une douzaine de citoyens dont des membres des communauté ecclésiales de base de Saint-Jean Bosco. Ils ont été emmenés alors qu'ils participaient à une activité syndicale au local de la Confédération des travailleurs haïtiens (CTH).

Un responsable de la CTH, Paul Loulou Chéry, a dénoncé la violation de l'enceinte de l'Organisation par la police. Selon M. Chéry, l'intervention brutale du commando de la police au local de la CTH vient démontrer une fois de plus que les droits des haïtiens de s'organiser sont foulés aux pieds. Un autre responsable de cette institution, Jacques Belzin, a condamné lui aussi l'attitude de la police nationale dans cette action qu'il assimile à une atteinte grave à la liberté syndicale et d'association.

Le malaise grandit

Rendus hystériques par une propagande habilement orchestrée, beaucoup de gens sont éberlués de se retrouver face à la restauration du régime macoute. Protestations et mises en garde fusent du camp même du coup d'Etat. Car le régime macoute ne fait pas dans le détail et surtout il n'est pas partageur.

Le responsable du groupe Racine Boukman Experyans, Théodore Beaubrun Junior dit "Lòlò", s'est déclaré déçu de la gestion du régime du 29 février dirigé par Gérard latortue. Théodore Beaubrun lui-même activisite anti- Aristide, a estimé que les GNBistes ne se sont pas battus pour assister aujourd'hui à cette forme de gouvernance où il y a une absence totale d'autorité de l'Etat. En effet, des bandes armées qui avaient pris les armes contre le président Aristide continuent de contrôler différentes régions du pays.

Théodore Beaubrun Junior a dénoncé par ailleurs ce qu'il appelle des vendeurs de jobs qui ont fait, a-t-il dit, main-mise sur le pouvoir. De nombreux postes auraient été vendus par des secteurs qui ont participé au mouvement GNB , estimant qu'ils ont suffisamment travaillé pour jouir de ces privilèges.

Micha Gaillard grand opposant au régime lavalas déclare que "il y a des gens qui profitent de leur position de pouvoir pour être candidat à des postes déterminés (lors des prochaines élections). Et qui s'en vantent. Selon Micha Gaillard " ils utilisent-dans la mesure où il n'y a pas d'institutions- l'absence d'institution pour placer leurs délégués, leurs maires...pour pouvoir créer les conditions favorables à leur élection ou à celles de leur copain". "C'est un gros problème".

Aujourd'hui, il apparait que la scène politique se partage de plus en plus clairement en deux grands camps, celui de la restauration macoute et celui du rétablissement du processus démocratique commencé le 7 février 1986, interrompu le 29 février 2004. Entre deux transitions : la transition macoute et la transition démocratique.

Les Haïtiens sont condamnés à faire eux-mêmes leur choix. Car les professeurs étrangers sont une calamité quand ils se mêlent de nous apprendre à régler nos affaires de famille.

Samedi Smith


 

4 juillet 2004

 

L'EMPRISONNEMENT DE YVON NEPTUNE

UN NOUVEAU PAS

DANS LA MAUVAISE DIRECTION

 

"D'après Gérard Latortue, la visite de quelques vedettes du foot-ball brésilien ferait plus pour le désarmement que l'envoi de troupes étrangères. Nous pensons plutôt que l'application d'une justice impartiale est la condition du désarmement".

Emprisonner le Premier Ministre Yvon Neptune est un pas très grave dans la mauvaise direction. Il intervient en dehors de toute légalité. Il est politiquement néfaste pour le pays.Il est dans la droite ligne des mœurs politiques arbitraires consistant à utiliser l'appareil de l'Etat pour sa vengeance, ses règlements de comptes, ses intérêts particuliers.Cette tentation est non seulement nuisible à l'intérêt national, mais responsable de tous les malheurs d'Haïti.

Elle institutionnalise la logique de la déchirure, des déchirements fratricides, de l'inconciliabilité. Or l'existence de n'importe quelle nation civilisée dépend de l'obligation de maintenir l'unité nationale. L'unité nationale est un principe fondé sur la loyauté des ressortissants d'un Etat-nation à ses intérêts supérieurs. L'intérêt national ne s'oppose pas aux intérêts particuliers légitimes. La force d'une nation est dans la cohabitation harmonieuse de la variété des intérêts et des opinions particuliers dans le respect de l'unité nationale.

Ces catégories d'intérêts sont définies et protégées par des lois élaborées et appliquées par des organes agissant en qualité d'autorités légitimes de l'Etat national. Ces lois s'appliquent à tous sans discrimination. Ainsi emprisonner Neptune, à la demande de criminels avérés, tout en refusant de poursuivre ces mêmes criminels et autres évadés de prisons, c'est une honte pour l'idée haïtienne de justice.

L'Etat national, œuvre humaine, est imparfaite. On peut donc travailler à son perfectionnement ou à sa destruction. Il est confronté à des forces externes et des forces internes. L'Etat haïtien a failli être détruit dans l'œuf, à sa naissance 1802-1804, par l'expédition française. Il a survécu grâce à l'unité nationale.

L'Etranger peut aussi agir pour le soumettre à ses intérêts ou à son influence. Ainsi, après l'indépendance d'Haïti, la France a réussi, en 1825, à imposer sa tutelle financière, sous la forme d'une lourde rançon que le pays ne pouvait tenter en vain de payer qu'en contractant emprunts sur emprunts sur la place de Paris. En 1915, Les Etats-Unis ont évincé la France dans les affaires haïtiennes et imposé sa propre tutelle administrative, financière et militaire.

L'absence d'unité nationale n'a pas arrangé les affaires d'Haïti dans ces épreuves. Nous avions vaincu militairement mais nous avons été battus sur le plan socio-économique. Aujourd'hui, en l'année du bicentenaire de notre indépendance, nous avons encore sacrifié à la logique de la déchirure, des déchirements. Nous avons sciemment opté pour la tutelle étrangère plutôt que d'arranger un compromis dans l'intérêt national.

Pierre Rodrigue Saint-Paul


 

15 mars 2004

OU VONT LES ACTEURS POLITIQUES

A L'OEUVRE SUR CETTE NOUVELLE PAGE

DE L'HISTOIRE D'HAÏTI?

 

En cette période pleine de bruits et de fureurs, de sang et de larmes, de sédition et d'insurrection, de coups d'Etat et d'occupation étrangère, est-ce que quelqu'un se préoccupe de ce qui est bon ou mal pour ce pauvre pays et cette malheureuse Nation? Se rappelle-t-on que Haïti a perdu quelque chose d'essentiel, et a récolté un poison mortel depuis longtemps, mais surtout depuis que la dictature trentenaire des Duvalier a détruit ce qui restait de l'infrastructure morale de la Nation?

Oui, pour se développer économiquement, politiquement, socialement, culturellement, Haïti a eu besoin et a toujours besoin de la Cohésion nationale. C'est la seule voie de son salut. L'autre voie, celle de la polarisation et de la Division nationale, est celle de la mort, du suicide, non pas de quelques personnes, mais de cette nation.

La Cohésion natiobale implique le choix de cohabiter et de participer dans une compétition économique et politique pacifiquement pour la démocratie, le développement et le progrès. Organiser les succès économiques et les alternances politiques selon des règles constitutionnelles et légales librement adoptées. Rejeter l'instinct de bêtes fauves tapi en chacun de nous qui menace de faire de notre collectivité une horde sans foi ni loi.

Vous ciblez les quartiers pauvres et vous avez dit chimères! Mais moi , je vois des chimères partout, depuis les villas cossues des quartiers huppés, jusqu'au tréfonds des corridors, en passant par les cénacles de l'intelligentsia. Car pour moi, le chimère est cet être bizarre affecté d'une maladie qui le rend incapable de se préoccuper des intérêts du pays, du sort de cette malheureuse nation. Disons le honnêtement nous sommes tous des chimères et qu'en réalité, les plus chimères de tous ne sont pas ceux qu'on pense. Malheureusement, chacun est capable de le diagnostiquer chez "l'autre" mais jamais chez lui-même.

Chacun des acteurs du pouvoir intérimaire d'aujourd'hui reconnait qu'on est face à une nouvelle page de l'histoire politique d'Haïti. Comment agissent-ils face à l'exigence de cohésion nationale?

L'acteur étranger a commencé par violer la constitution haïtienne et ses engagements internationaux. Au lieu de faire appliquer le plan CARICOM/OEA de compromis entre le gouvernement haïtien et son opposition, il a changé son fusil d'épaule et réalisé un coup d'Etat assorti de déportation dans le vieux style colonial. Son objectif semble être d'écraser par la force toute résistance légitime fondée sur les droits démocratiques et patriotiques que les Haïtiens ont hérité de leurs ancêtres.

Des pays civilisés, au XXI° siècle, devraient respecter scrupuleusement ces droits et libertés sacrés et aider l'ensemble des Haïtiens à apprendre à cohabiter pacifiquement dans une compétition politique démocratique. Si votre intention est de respecter ces droits, les Haïtiens les plus pauvres sont capables de le comprendre. Ne vous y trompez pas. Mais si vous pensez que les seuls bons partenaires sont les partenaires lèche-bottes, c'est votre droit de continuer à alimenter une autre forme de corruption. Les Haïtiens concernés par la situation de ce pays sauront résister le temps qu'il faut et transmettre le drapeau à leurs enfants.

Le Premier ministre intérimaire désigné qui ne doit sa place à aucune coterie haïtienne tient une belle opportunité de s'élever au-dessus de la mare. Mais après quelques paroles prometteuses sur la réconciliation nationale, la sécurité, la reconstruction, on voit qu'il hésite à s'élever à cause des pesanteurs de l'environnement politique. Son prédécesseur au palais national se déplace à la Jamaïque pour des raisons familiales, avec la compréhension humanitaire des autorités de cette île soeur voilà que Monsieur Latortue considère cette petite affaire comme un casus belli. Ce qui me gêne dans cette réaction c'est qu'il révèle chez ce haut fonctionnaire de l'ONU, le plus gradé des fonctionnaires internationaux de notre origine, pétri de modernité, la persistance d'un atavisme multiséculaire.

Quand aux dirigeants de la Plateforme dite démocratique, on attend toujours leurs proipositions démocratiques. Ils ont appelé à l'exclusion et à l'élimination des membres de l'autre parti par pur esprit de vengeance. Pas un seul mot sur la réconciliation. Pas la moindre condamnation des risques d'affrontements armés. Au contraire les personnages de l'insurrection des Gonaïves et du Nord sont, pour eux, des héros qui seraient bienvenus de recommencer dans Cité Soleil les exactions commencées en 1991, et en 1994 à Raboteau. Naturellement ils voudraient que le président déporté soit interdit de déplacement, et même jeté aux crocodiles.

Le Front armé de Guy Philippe et Jodel Chamblain. Bien sûr que Guy Philippe a tout compris de la faiblesse de la société haïtienne en pleine décomposition. Sa déclaration à savoir que "Haïti est entre mes mains" est significative à cet égard. Rien ne pèse lourd sur cette terre, à part les armées étrangères et les masses populaires. La fameuse campagne de 30 jours de l'armée de Philippe est un chez-d'oeuvre de bluff. Personne n'a jamais combattu cette armée. Par conséquent elle n'a jamais mesuré sa force, sauf contre des prisonniers sans défense.

Elle était attendue à Port-au-Prince par les combattants populaires. Mais l'Etranger a préféré se charger lui-même de la conclusion de l'affaire. Ainsi, les exploits de cette armée de libération se limiteront à des exécutions sommaires dont on commence à prendre connaissance. A 36 ans Guy Philippe peut choisir son avenir. Il peut accepter de servir momentanément les intérêts des privilégiés traditionnels, avec l'espoir de les soumettre plus tard. Ce chemin est périlleux, car l'Etranger voudra bien qu'on extermine le peuple, mais pas qu'on soit méchant avec ses protégés. Mais, en politique, il y a souvent plusieurs choix possibles.

Il semble que les acteurs politiques, à l'oeuvre sur cette nouvelle page de notre histoire politique, prennent la direction opposée à l'exigence de Cohésion nationale pour la cohabitation pacifique et la compétition démocratique. Ils semblent s'installer durablement dans la division et les déchirements. Haïti ne semble pas encore avoir trouvé les acteurs décidés à s'occuper de ses affaires. Pourtant ils doivent exister quelle part. Il faut donc les trouver.

Samedy Smith


 

2 mars 2004

QU'EST-CE QU'ON FAIT MAINTENANT

QUE LES USA ET LA FRANCE ONT DÉPORTÉ

LE PRÉSIDENT JEAN BERTRAND ARISTIDE?

NOS INVITÉS DE MARQUE

Personnellement, je me fais du souci que le Président et son épouse n'aient pas encore trouvé une terre d'asile. J'ai une confiance très limitée à l'égard des gens qui improvisent en toute bonne conscience des scénarios graves de conséquences.

J'attends impatiemment que le premier président haïtien, élu démocratiquement, soit traité avec les égards dûs à son rang, au moment où les revers de la politique lui sont défavorables. L'histoire ne pardonnera pas ceux qui auront blessé l'honneur national haïtien. Ne confondons pas la vérité historique avec le mensonge politicien.

Deux puissances mondiales se sont installées en Haïti. Un petit groupe d'insurgés armés a pénétré, sans combat, dans la capitale, applaudi par tous ceux qui haïssaient Aristide, à un titre ou à un autre. L'opposition non-armée de la plate-forme démocratique s'est placée sous l'aile protectrice des insurgés composés, notamment, d'éléments des anciennes Forces armées FADH et des paramilitaires du FRAPH.

Pour une nation née dans le feu des batailles, on ne peut pas dire que cette campagne militaire d'un mois ait été épuisante.

L'élite économique propose ouvertement à ce front militaire de l'aider à ratonner les "Chimères", électeurs et combattants se réclamant de Lavalas. Voici donc un secteur de la population qu'on serait prêt à sacrifier, comme n'ayant aucun droit à revendiquer ou à défendre. Même pas à exister.

C'est bien là le problème depuis 200 ans :la marginalisation de la majorité. Je ne sais pas si le moment est arrivé d'ouvrir les yeux sur notre naufrage. En tout cas ce ne sera pas en exterminant le peuple qu'on se relèvera, c'est en lui tendant la main pour le faire s'élever un peu, que nous monterons tous un peu plus haut.

Et si on essayait pour une fois de nous respecter mutuellement. Respecter les idées et les choix de l'autre. Ne pas vouloir tout obtenir par la violence, les combines, les trahisons. Accepter une compétition pacifique, des règles du jeu politique. Nous avons tout notre temps pour essayer, puisque nous avons perdu, peut-être pour longtemps, le pouvoir de décision sur nos affaires. Faisons sortir un bien d'un mal!

Et qui sait si nous ne finirons pas par acquérir de bonnes habitudes et les transmettre aux générations futures. Mais c'est une affaire qui nous concerne. Car les puissances ne sont pas nos amies. Elles nous utilisent dans leurs expériences de remodelage du monde!

Pierre Rodrigue Saint-Paul


 

18 février 2004

 

Légitimité - Hystérie - Aveuglement

Chaos

Une rébellion armée contre un gouvernement démocratiquement élu profite de l'intransigeance d'une opposition hystérique qui bloque le fonctionnement de l'Etat.

Aveuglement d'une communauté internationale qui s'est fourvoyé totalement dans cette affaire d'Haïti et a du mal à reconnaître son erreur.

Comme l'écrit le chercheur américain Michael Marx McCarthy(1), dans le Los Angeles Times du 15 février 2004 :

"La crise haïtienne met au défi la capacité de Washington à mener une politique constructive quand elle n'aime pas le dirigeant élu démocratiquement et qu'elle ne devrait pas aimer son opposition. Il s'agit du même problème que les Etats-Unis ont connu au Venezuela en 2002." (in "United States Can't Let Haiti Slip into Abyss")

Cette remarque est valable également pour l'Union Européenne et ses clients politiques. Ces entités se sont partagé le travail pour plonger le pays dans le chaos et la désolation.

L'opposition hystérique refuse la solution pacifique de la crise par le moyen des élections Elle a trop peur de ne pas pouvoir gagner ces élections. Alors c'est le tout pour le tout.

L'International s'acharne unilatéralement contre le président démocratiquement élu, et n'exerce aucune pression sur l'opposition pour qu'elle accepte la solution électorale.

Dans son cas on peut dire: "errare humanum est, mais perseverare diabolicum".

Naturellement les bandits violents n'ont qu'à se baisser pour s'emparer d'un pays qui est devenu depuis quelques années le dernier des soucis d'une opposition hystérique et d'une "communauté internationale" qu'elle manipule.

Démocratie que de crimes on commet en ton nom depuis quinze ans!

Les partisans de l'ordre constitutionnel vont-ils accepter l'ordre cannibale? Pourront-ils encore se lever et remplir leur devoir civique? Faudra-t-il encore attendre longtemps pour que les Haïtiens récupèrent un peu de leur souveraineté?

La France en tout cas fait pression sur l'Etat Haïtien pour qu'il renonce à l'autodéfense. Elle n'est pas la seule!

La culture démocratique de l'ancien et du nouveau monde enseigne pourtant le contraire.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen 1789 (France)

Article 2. - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression

Bill of Rights du 15 décembre 1791. -USA)

Article 2: Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. Amendment II: A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.

Constitution haïtienne 1987

Art. 52-1 Des devoirs du citoyen

f) défendre le pays en cas de guerre;

k) oeuvrer pour le maintien de la paix;

Si ses droits continuent à être bafoués, si sa volonté librement exprimée dans les urnes continue à être méprisée, le peuple haïtien n'aura pas d'autre choix, aujourd'hui, demain, ou après-demain, de pratiquer la légitime défense.

Croyez-moi, il en a le courage!

(1) chercheur en études latino-américaines au Council on Foreign Relations


8 février 2004

GONAÏVES A FEU ET A SANG

LES ENNEMIS D'ARISTIDE AUX ANGES

LES EXACTIONS DE L'ARMÉE CANNIBALE

ASSASSINAT D'UN POLICIER

 

La somalisation d'Haïti est en bonne voie. L'armée Cannibale des Gonaïves a attaqué le Commissariat Central de la ville, tué des policiers, tué des militants Lavalas, incendié leurs domiciles, incendié les bureaux et institutions publics. Oui l'armée Cannibale sème la terreur au sein de la population des Gonaïves. L'opposition l'applaudit et l'appelle "rebelle, résistants"!

L'ambition du gang est extravagante. D'après le seigneur de guerre Winter Etienne, le programme est de "libérer tous les commissariats de la partie Nord du pays" et de "décréter la création de la république indépendante de Quisqueya", petit fief des armées cannibales."Notre armée est très bien équipée. Nous avons des munitions pour résister pendant au moins une année", a dit le chef cannibale.

Car, si l'Etat haïtien venait vraiment à s'effondrer définitivement, d'autres armées Cannibales se dresseraient pour réclamer leur part de ses dépouilles. Haïti disparaîtrait pour de bon, laissant une sorte de Somalie armée jusqu'aux dents partagées entre de nombreux seigneurs cannibales, ouverts à tous les trafics.

On ne voit pas pourquoi les adversaires d'Aristide se réjouissent! On ne voit pas vraiment pourquoi "la presse indépendante" couvre de fleurs cette drôle de "front révolutionnaire" qui s'en va les libérer de la dictatured'Aristide . On ne voit pas comment, en cas de victoire des armées cannibales, Convergence et 184 vont ramener Jean Tatoune, Ti Will, Butter Métayer, Winter Etienne aux bonnes pratiques démocratiques.

N'oublions pas les enseignements de l'histoire politique d'Haïti :"Bourik pa travay pou ba chwal galonnen"!

Ni ce que chantaient les soldats d'Antoine Simon marchant sur Port-au-Prince, dans un nuage de poussière, pour installer le Délégué du Sud dans le fauteuil présidentiel :"Cécé tedi Cécé tedi Mpap wete plim poum mete pay (bis)"

Haine et confusion mentale vous font préférer des chefs de gangs au président élu du peuple haïtien. Ce coup bas porté à l'Etat haïtien est directement imputable à ceux qui ont choisi de vivre de la division nationale.

De nombreuses voix ont mis en garde contre la guerre civile!

Mais comme aux Américains en 1861, face aux sécessionnistes du Sud, comme aux Français en 1793 en Vendée, le devoir de défendre la sécurité nationale peut s'imposer à chaque Haïtien. Et la guerre civile est la plus terrible de toutes les guerres. Espérons qu'on puisse encore l'éviter !


3 février 2004

 

LA CARICOM RENCONTRE SÉPARÉMENT

L'OPPOSITION ET LE PRÉSIDENT

combat de la guerre d'indépendance

L'Haïtien n'a pas le droit d'aliéner cet héritage!

 

Les premiers ministres de la CARICOM ont rencontré les parties haïtiennes en conflit pour rechercher une solution. Plusieurs propositions sont avancées, à l'initiative de l'organisation caraïbéeene, qui sont censées aider à régler ce conflit vieux de sept ans.

Ce n'est pas la première fois que des propositions sont avancées. Le Président Clinton avait avancé huit points que le gouvernement haïtien avait accepté.

L'OEA a fait également des propositions, jusqu'à la résolution 806 et 822 que les deux adversaires devaient appliquer.

On note que certaines concessions ne sont venues que du côté du gouvernement. Démission des parlementaires contestés, proposition de nouvelles élections, acceptation d'une mission spéciale de l'OEA sur le territoire de la République.

L'autre bord ne fait que réclamer, avec intransigeance, des prérogatives que la constitution ne lui accorde pas. Il a en fait placé le soutien de l'étranger au-dessus de la constitution et des lois du pays. Son électorat ce sont les interventionnistes étrangers. Ses dernières trouvailles consistent à faire forcer les autorités constitutionnelles à lui transférer le commandement de la police et la direction du gouvernement. Et lui apporter, par la même occasion, les têtes des "chimères".

Les pressions étrangères, à ce jour, ont consisté à financer des groupes politiques factieux et leur croisade médiatique honteuse. Apparemment, il s'agirait de démocratiser le pays par le harcèlement systématique de son gouvernement et la réduction de son peuple à la famine et à la mendicité! En réalité, cette entreprise, nouvelle dans l'histoire des relations internationales, vise à priver le pays haïtien de son dernier souffle de souveraineté, pour établir une autorité indigène servile, composée de lêche-bottes plus hostiles au peuple haïtien que n'importe quel ennemi étranger.

Les Haïtiens ont un choix à faire aujourd'hui et pour l'avenir. Indépendamment des Hommes qui occupent ou occuperont demain le devant de la scène. Ou bien accepter la voie de la servilité et ramper devant le maître. Ou maintenir et renforcer ce qui reste de la souveraineté haïtienne, parmi les autres nations du monde. L'Haïtien n'a pas le droit d'aliéner cet héritage. Il n'y aura jamais de développement haïtien sans un engagement des Haïtiens eux-mêmes!

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